Richesses du présent

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mardi, décembre 13 2011

Comptine d'hiver


Je ne sais pas qui va là

Je ne sais plus qui tu es

Je vais et je suis

Arbuste sous les géants

Un torrent de pluie jeté sur ma tête

Mon habit d’hiver malmené par le vent.

Mais je vis ma vie

Je vais au-delà

De ce je ne sais quoi

Qui m’habite parfois.

Des siècles sous terre

Pour m’enraciner au ciel

Les oiseaux me tiennent

Et le vent me berce.

Je ne vois plus rien

Que des branches et le froid

 Le silence assoupi

La beauté dépouillée.

J’ai perdu le sud

Le soleil s’est enfui

Il préfère les nuits aux milles soleils.

Je risque l’oubli pour siéger vraiment

Sur un trône inconnu

Dans ma main d’enfant

Le bleu du printemps.

Je ne sais plus rien

Et pourtant tout se tient.

 Car je vis ma vie

Je vais au-delà

De ce je ne sais quoi

Qui m’habite parfois.


BM - Le dimanche 11 décembre 2011

 

 

lundi, septembre 26 2011

Tu es le soir


Voici pour toi le printemps qui fleurit sous les étoiles

Et ce printemps qui pleure le long des branches

Et cette pluie sur ta joue une caresse à n’en plus finir

Ton vieux visage sous les racines dégoulinant jusqu’à l’oubli.

Voici pour toi arc-boutés

Des arbres apprivoisés

Sauvages du fond des âges

C’est de toi qu’ils parlent

De cette nuit toute entière dans tes bras

 Dessinée pour te réveiller.

Voici pour toi le crépitement des feuilles

Comme des braises collées contre tes oreilles

Une odeur de forêt brûlant dans tes yeux

 Ta bouche mordant cette nouvelle liberté.

Tu es le soir

Déshabillée dans ce printemps

Entière dans le silence

Un goût de sève dans ta gorge

Du sang plein le cœur

Prête à rire

A t’arracher la tête

A vivre folle

Pour ne pas mourir dans la lumière.

 

Le dimanche 25 septembre

dimanche, septembre 11 2011

Paysage


La nature comme un silence fragile

Symphonie enlaçant ta poitrine

Montagne envoûtante

Cheval fou rougeoyant sous tes yeux

Sous tes yeux

Lumière tapissée de vert

Sous tes yeux

Lumière lovée dans les feuilles d’été

Au loin ton sourire dans l’azur du ciel

Du ciel va tomber la nuit

Oublier la nuit

Ce paysage ne veut pas te quitter.

 

BM – Le Dimanche 11 septembre.

mardi, août 23 2011

Dustin O'Halloran - Vorleben (2010)

Hymne à l’obscurité



Bruits bruts dans le silence nocturne

Tout cela m’étreint

A quoi bon rebrousser chemin

La lune si haute embrasse la montagne si loin

Je vais, je viens, je tire, je lutte

Tout cela me coince

Ça pousse

Le noir m’ausculte, le noir renverse

Tête bousculée

J’allume la nuit mais rien ne vient

Ça pousse

Rien que l’obscur

C’est un parfum

Un souci à portée de main

C’est sa nature

Déposer la rosée du matin

Un soleil

Tout à l'envers

 Dernier rayon d’obscurité.

 

 

BM – Le mardi 23 août 2011

 

 


vendredi, mars 25 2011

Sans Peur


Quand les hommes n’auront plus peurs, ni des tempêtes, ni de la mort

Quand les hommes grandiront comme les arbres toujours élancés

Quand les hommes distingueront le silence entre les mots affamés

Le soleil glissera, oiseau démesuré, jusqu’à l’obscurité

Des étoiles s’ouvriront, ici et là, sans rien demander

Dans les cœurs attendris

Sur le fil des pensées

Nos mains, à l'enfance retrouvée, s'amuseront avec les couleurs du présent

Nous applaudirons ce qui, depuis toujours, attend notre amitié

Les abeilles et les nuages

Les racines et les épines

Les blessures et les larmes

Notre sang et ma chair

Ce dernier sourire avant ton dernier soupir.

Toi, seigneur de la vie

Laisse ta peur sur les bas-côtés

Offre des fleurs, sans rien retenir, à cet horizon qui berce tes journées

Et va !

Va danser jusqu’à ce que la mort te dise de ne plus respirer.

 

BM - Le vendredi 25 mars 2011

mercredi, novembre 10 2010

Concertino n°2 d'André Mathieu

Les silences de l’enfance


Derrière cette pensée-là

Un souvenir enfoui qui ne veut pas se dire

Murmure brûlant prêt à rugir.

Derrière cette pensée-là

Un soleil s’est enterré

Un corps délaissé par l’amour

Un été sous la neige

Muscles impuissants dans l'orage de la nuit.

Allongé au bord de la mer

Le vent a cessé de s'amuser

Les petites mains n’ont plus joué

Poumons perdus sans le rythme de la vie.

Disparus les châteaux dans tes yeux

Disparu cet espace où le monde est à toi.

Je suis l'enfant

Sans une main tendue.

L'enfant

Nu dans le silence

Un cri sous le passé

Fragile plume

Sous les plis de cette pensée.

 

 

 

BM-Le 8 nov. 10

lundi, août 23 2010

Ricsi, Kicsi Kem - Thierry Robin, le regard nu

Retrouvailles avec soi



Debout dans un mur de chair

Chair de pierre.

Je suis vague bateau échoué sur la plage

Bête papillon brûlé par la lumière.

Debout

Des larmes plein le ventre

Sédiments du passé.

Le souffle chaud de la journée s’étire et me tire dans le songe du maintenant

Je regarde mes mains et vois le souvenir de ton regard

La force de ton regard tourné vers ton chemin.

Tu as du vert sous les doigts

Il y a de la terre sous mes pieds

Le silence coule dans mes veines

Et tes yeux se font caresses d’un autre jour.

J’entends le murmure de la pluie

Le chuchotement du vent

Le chant des grillons sous les étoiles

C’est la vie se faufilant sous les arbres et la nuit.


 

 

BM- Le dimanche 22 août

jeudi, juillet 29 2010

Bambino de Elsa Soares

Haïku économique




Dialogue entre un sérieux capitaliste et un paysan poète :

Le sérieux capitaliste : « En avez-vous estimé le coût? »

Le paysan poète : «Quand on vit dans l'maquis, y'a qu’du gratuit.
                                 Là bas, l'naturel, on l'met dans la poubelle,
                                             Ici l'naturel, i'va dans la gamelle.
                                     C'est pour ça qu'les coûts, on s'en fout,
                                                    Et que l'estime,
                                        On l'donne à c'qui n'a pas de prix ! »


                                                                 
BM - Le mercredi 28 juillet 2010


dimanche, juin 27 2010

CHOPIN - Prélude No.15 - Op.28 No.15

samedi, juin 26 2010

Nous autres civilisés

Chaque instant est un monde tout entier à habiter.

Mais nous autres civilisés sommes des exilés de nous-mêmes, nous vivons loin de la terre du cœur, nous laissons en friche notre jardin intérieur.

Nous autres civilisés, nous nous réfugions derrière nos fronts avec nos seules valeurs morales pour nous consoler.

Nous vivons perchés sur les cendres de la raison et restreignons le réel à des mots, des pensées, des idées. Comme si l’abstrait pouvait être le lieu de réalisation de notre humanité. Divine raison, divin concepts. Partout le règne du calcul, le culte du quantitatif.

Pour nous l’avenir, c’est explorer les mondes virtuels, s’alimenter sur des systèmes artificiels et s’entourer d’objets techniques toujours plus sophistiqués. Nous ne sommes plus du vivant sensible dans une nature où la vie explose à chaque instant mais du fantasme de toute puissance face à des mondes sans goûts, ni saveurs.  

Nous autres civilisés, nous voulons tout expliquer. Nous aimerions mettre des causes derrière chaque mystère et qu’ainsi l’univers nous soit en apparence totalement transparent. Nous croyons, en chassant l'inconnu de nos existences,  apaiser nos angoisses mais ce faisant nous perdons l’essentiel, l’étonnement face à ce miracle qu’est la vie, l’émerveillement face au mystère de la matière. Là maintenant, je suis en vie, là maintenant, il y a cette présence massive du réel. Et rien ne me sépare, ni de la vie, ni de la matière. Se laisser emmener par ce miracle tel l’eau impétueuse d’un torrent, contempler le mystère comme ces fascinants miroitements de la lumière sur un lac et la question même du sens de l'existence s’évanouit. Car, agréable ou pas, l’instant est toujours plein.

Nous autres civilisés analysons sans répit le réel, nous séparons avec acharnement les faits, nous fragmentons le monde en petits morceaux, nous divisons le corps en bout de chair, nous opposons les êtres vivants entre eux comme s’ils n’avaient rien à partager. Alors que dans le monde vécu, tout est dans tout et rien n’est séparé de rien.

Nos têtes sont minées malgré nous par tous ces grands « ismes » que sont le christianisme, le darwinisme, le freudisme, le libéralisme. Égoïste, pulsionnel, dangereux pour lui-même, inconscient de lui-même, c'est l'image que nous avons de l'humain. Ébloui par ces soleils blafards, nous ne voyons plus que notre ombre. Mais l’instant n’appartient à aucune idéologie, il est libre de toute prise de position, libre de tout savoir. L’instant n’est ni pour, ni contre. Il est ce qu'il y a de plus intime en nous. Il est le vrai soleil. Une totalité bouillonnante de vie. Créatrice et destructrice tout à la fois.

Nous autres civilisés, tenons le corps à distance afin surtout de ne pas l’éprouver, nous tenons le monde à distance afin surtout de ne pas en faire l’épreuve. Nous faisons tout pour éviter une relation sans filtre, sans protection avec tout ce qui nous traverse et nous entoure. C’est ce qu’on nous a appris : « Prend du recul » ;  « Regarde les choses de manière objective » ; « Relativise ». C’est si confortable de se tenir face à soi-même et au monde tel un spectateur somnambule.

Nous pourrions descendre dans la sensorialité de notre chaire, aiguiser nos sens afin de boire les couleurs du monde, affiner notre ressenti afin d’épouser le cœur des autres, et vivre avec tout son être l'étincelle de l'instant. Mais au lieu de trouver l’intensité de la vie dans le frémissement tangible de la matière, nous compensons en nous égarant dans cet univers Disneyland où les images remplacent la vraie vie, la Grande Vie.

Nous pourrions vivre avec les paupières de la perception grandes ouvertes.

Mais c’est vrai, vivre l’instant avec son être tout entier, être là, instant après instant, c’est vrai, pour nous autres civilisés, c’est la mort assurée. L’instant, expérience insaisissable, nœud d’incertitude, met à mal nos désirs de toute puissance, de mise sous contrôle de la vie. Pourtant, cette vie que nous fuyons pensant trouver dans un ailleurs un bonheur illusoire, commence là, dans ce moment  de non-savoir qu’est l’instant présent. Là, je ne sais plus rien, je ne peux plus rien savoir, mais cette humilité se fait ouverture à tout ce qui se présente à moi. Humilité du non-choix car il est vain de ne vouloir que la moitié de la vie.    

C’est vrai, l’instant nous appelle à devenir plus grand car c’est là que tout se passe. Lieu d’intense activité, nous n’avons pas d’autres choix que de faire face à sa vérité, aussi belle et douloureuse qu’elle soit. C’est vrai, nous autres humains, sommes si nus et vulnérables dans cet univers où la mort est nécessaire à la poursuite de la vie que souvent nous préférons éviter la fluidité de l'instant.

Nous faisons des sauts de puce entre le passé et le futur, nous jouons à saute-mouton avec le présent. Pourtant, comme des enfants s’amusant avec les flaques d’eau, nous pourrions sauter dans le maintenant et devenir enfin des vivants.

 

                                                                                         BM - Le samedi 26 juin.

 

lundi, mai 10 2010

Love in the time of choléra de Antônio Pinto

dimanche, mai 9 2010

Plus rien


Écoute, le monde fond entre nos mains.

Regarde, le carrelage fissuré, les assiettes pas finies, la fourmi fatiguée.

Il n’y a plus rien, que le silence dans tes cheveux,

Moi, une terrasse,

Un grand soleil rouge,

Un ciel plein de soleil.

Il n’y a plus rien, que ce grand trou dans l’horizon,

Tes lèvres mouillées,

L’eau dans ton gosier.

La nuit, bientôt va nous bercer.

Et toi,

Tu dis le firmament,

Tu dis l’air, la terre et les océans,

Tu chantes la musique de nos enfants.

Plus rien que les cœurs battants,

La chaleur sur tes cils,

L’orage dans les nuages,

Et

Cette vie fugace blottie entre nos mains.

                                                                                                                  BM – Le dimanche 9 mai 2010



 


samedi, mai 1 2010

AMMA

samedi, mars 13 2010

Rencontre avec le ciel


Douce comme un sourire de juin

Une hirondelle mit sa tendresse sous ma tristesse.

La grâce de ses ailes a caressé mon ciel

Sous son regard, des rêves feux d’artifices jaillissent

Sous mon regard, des soleils flambent pour l’applaudir.

J’ai vu la beauté de son sillage

Elle déambule telle une reine sur le fil du temps.

Cavalière élégante

Chevaux de pluie l’accompagnant

Longue trainée sur l’horizon.

Hirondelle modeste

Habillée de vent

Elle chevauche le crépuscule

Et prend soin du soleil, dans la nuit il tremble.

Généreuse à chaque battement d’aile

Plumes délicates animées par l’immense

Sans aucun doute, son royaume, c’est le ciel.

Voltigeant et virevoltant, voltigeant et tournoyant

Elle glisse sur mes pensées, elle danse sur mes silences.

Joueuse inlassable aux quatre coins du ciel

Ses regards malicieux fleurissent sous la lune.

Point de lumière dans mon océan riant comme un enfant

Mélodies étoilées dans ses gestes chantant la gaieté

Et pour m’y prélasser, des nuages plein le cœur incendié.

Belle hirondelle, majestueuse et belle demoiselle,

Votre liberté est un ciel où il fait bon se baigner.

 

BM-le samedi 13 mars 2010.

vendredi, décembre 11 2009

A mi-chemin, il y a l'humain

Il y a dans l’humain un espace, une zone à mi-chemin entre l’intérieur et l’extérieur, une zone où le monde fonctionne sans moi et où mes états d’âmes se passent de moi. Tel un ciel ensoleillé, je me défais de mes nuages intérieurs et laisse libre cours à cette rencontre amoureuse  avec les milles couleurs du feuillage du monde. Ni passé, ni futur pour filtrer. Le présent se suffit à lui-même et il est libre de tout. La vie dans son élan me comble et m’entraîne dans son sillage. Pourquoi avoir peur ? Quand je suis nu sans ce vêtement trop étroit du souci, le monde est une présence palpitante. Je me défais de mes nuages intérieurs mais longtemps j’ai traversé les flammes de la torpeur avec ma parole pour m’accompagner et mon corps pour me relever. Le son d’une parole exprimée creuse le silence du passé, déplace les sacs trop lourds d’une histoire morcelée. La parole adressée à un regard bienveillant déterre les faux semblants et redonne un vrai visage à l’enfant ignoré. Le corps est un ciel étoilé. Il est silencieux comme la nuit. Son histoire remonte à une époque si ancienne qu’il faut la patience d’un chercheur d’or avant de l’entendre murmurer. Et l’histoire qu’il veut raconter, ce n’est pas forcé qu’il va la réciter. Le corps, c’est une myriade de sensations, une flopée de chatons  sauvages voulant être caressés. Il faut que le geste soit lent et délicat pour qu’il trouve la tranquillité et s’abandonne à l’émotion si longtemps endormie. Finies les nuits noires, chemin faisant les étoiles intérieures se remettent à briller. Le corps se moque du superflu, ce qu’il veut, c’est la vie, ce qu’il veut, c’est briser les boucliers encombrants, déposer les armes des luttes inutiles et retrouver la gaité de l’enfance oubliée. Je me suis plongé dans cette zone grouillante de vécu, là même où j’ai été blessé, là où la douleur brûlante pouvait alors s’apaiser parce qu’enfin elle était écoutée. Et c’est dans le silence de la pensée que mon cœur s’est remis à battre et que ma voix enfin s’est réveillée. C'est dans cette zone si vulnérable de l'humain, dans ce matin à la belle lumière cristalline que la puissance de la vie peut jaillir à nouveau. Là, dans la vibrante tendresse de l’instant, l’humain se dévoile et l’amour se fait jour.                                                        

                                                                                                                                                              BM-Le vendredi 12 décembre 2009

dimanche, septembre 6 2009

Comptine végétale

                                             

S'oublier dans le vent,

S'incliner sous la pluie,

Du végétal dans mes pas,

Spontanés, toujours légers.

S'abîmer dans la forêt,

Devenir terre, devenir vert,

Ramasser de l'authentique,

Cueillir du brut, de la matière qui vous renverse.

S'ouvrir le cœur, en perdre haleine,

Débusquer l'invisible, l'abondance toujours présente,

Enlacer les Dieux-vivants, chevaucher les quatre saisons,

La tête tout contre terre et

La nature comme maison.

Compagnons à demi-nus, compagnons à l'unissons,

Des paroles venues du rien, une douceur venant du cœur,

De la lumière au bout des doigts, une étoile au bout des regards,

 Et du rêve en guise de chemin,

Et le présent pour confident.

BM

 

lundi, juillet 6 2009

La Vie contre toute attente

Qu’est-ce que cette vie dans l’instant ? Une respiration sans pourquoi. Qu’est-ce qu’un humain conscient ? C'est une mise à nu. Une main ouverte. L'éclat d'un geste. Un miroir contre toute attente.

Mon cœur palpite et l’univers me rattrape à chaque seconde. A chaque instant bercé par la mort si intime à la vie. Présence du monde tenue par aucun fil. Ma vie n’est que la Vie.

L’inspiration dans le ciel, la voie lactée dans les poumons, quelle différence ? C’est un silence. Une conscience. Reflet de la douceur étoilée. Il n’y a que Cela. La Vie contre toute attente.

BM

mardi, juin 23 2009

La vérité comme du sable

Amour, immigration, cuisine, darwinisme, Dieu, chômage, atome, Palestine, table, arbre, prisons, croissance, média, histoire, quelque soit la facette du monde évoquée, le réel nous échappera toujours. Et c’est une chance car la paix se situe là, dans ce « grand réel » toujours trop grand pour mon petit « je pense ».

« Je pense » n’est pas le monde. Ou bien si, il l’est. Mais seulement une toute petite partie de cette infini réalité qui nous traverse à chaque instant, que nous habitons chaque jour. L’infini ne se réduit pas à une question de taille. L’infini, ce sont les milles et une nuance des couleurs du monde, les milles et une nuance que les choses et les êtres peuvent manifester, les milles et une nuance que chaque situation contient, les milles et une nuance de toutes ces personnalités que nous côtoyons chaque jour. L’infini comme l’infini subtilité du monde. Nous sommes plongés corps et âmes dans cette abondance visibles et invisible de formes vivantes, dans cette réalité protéiforme de peuples et de cultures humaines que le « je pense » ne pourra jamais épuiser. Nous sommes cernés, traversés par le foisonnement du monde et les myriades de détails du réel.

Trop grand est le monde, beaucoup trop grand, beaucoup trop vaste, pour de si petits mots pourtant si nombreux. Nous voulons peindre le vent de la terre avec des pinceaux. Faisons-le, mais nous saurons que nos pinceaux ne pourrons peindre l’invisible que comme un ailleurs si intime que nous ne pourrons jamais le fixer. Impossible de saisir le vent avec le mot vent. Le monde est un tissu de soie que nous caressons avec les poings fermés.

Desserrons l’emprise de notre esprit sur le monde, ouvrons grand notre cœur à l’infini singularité de l’autre et de l’univers qu’il renferme. Installons-nous dans l’insaisissable du réel. Et au lieu d’envahir le monde avec nos colonnes de pensées et nos armadas de phrases, nous nous laisserons envahir par le monde et la profusion de sensations qu’il nous offre à chaque instant.

Nous ne sommes pas seulement un  « je pense ». Un « je » souvent réduit à une  chose crispée, toute dur et comprimée, sur lequel le monde vient taper. Un « penser » souvent utilisé comme une arme pour contrôler le réel. Non, nous ne sommes pas simplement un front qui pense, une bouche qui articule des sons. Nous sommes de l’espace. Un grand espace. Mais nous sommes de l’espace quand on cesse de violenter le monde avec nos pensées, quand nous mettons de l’espace entre nos pensées plutôt que de remplir tout l’espace avec nos pensées.

Que vive la pensée ! Une pensée incarnée dans un esprit libre et un corps détendu, une pensée enracinée dans le mystère du réel et de cette vie qui l’anime, une pensée n’ignorant pas l’impensable de tout le ciel et de toute la terre. Énoncer des vérités n’est pas un problème lorsque celles-ci coulent comme du sable entre les doigts de l’esprit. De la détente éclairera alors nos idées et enfin nous nous parlerons avec douceur.

                                                                                                    


samedi, juin 20 2009

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samedi, janvier 3 2009

Nos questionnements comme des fenêtres

            Les questionnements existentiels sont souvent vus ou vécus comme des "prises de tête". Ces questions en réalité peuvent ouvrir le cœur. Elles concernent l'intimité de chacun. Poser des questions au monde peut être une source de libération et un moyen de nous relier à cette dimension plus vaste de la vie. Le questionnement ouvre. Il ouvre grand les fenêtres de l'esprit, fait rentrer l'air frais dans nos mémoires encombrées, amène la lumière du jour dans la caverne de notre être. Le questionnement crée une fissure dans ce mur qui nous sépare du réel et du monde. Il ouvre l'humain sur les richesses des possibles, sur l'infini de la Vie.

Au contact de l'infini, mon cœur s'adoucit. Car au contact de l'infini, mon cœur n'a plus peur, il se remplit d'infini. Les jugements et les réponses toutes faites n'ont plus lieux d'être, vus de l'immensité ils ressemblent à des prisons. Questionner met de la tendresse dans nos certitudes figées, questionner met de l'étonnement face à nos évidences égocentriques, questionner met du neuf là où il y n'avait que du vieux. Le questionnement c'est comme les vertus de l'huile, il remet du mouvement là où tout était grippé et rouillé.

Dans l'ouverture créée par la question, nous pourrions être facilement tentés de donner tout de suite une réponse, mais cela reviendrait à refermer les fenêtres, à retourner dans notre tanière. A cette tentation, nous y cédons très souvent. Nous préférons nous prélasser dans le confort rassurant de nos réponses. Pourtant notre cœur est dur lorsqu'il s'agrippe à toutes ces idéologies, toutes ces croyances, opinions et représentations. La guerre commence déjà là, dans ce lieu obscur où tout est fermé par la peur, à l'intérieur duquel on se barricade et où il ne faut surtout pas poser de question. La conséquence, nous pouvons la voire tous les jours aux infos. Regarder, on n'y trouve que des réponses, on n'y voit que des êtres engoncés dans leurs certitudes. Même si on peut regretter que les informations ne montrent pas aussi tous ces dons gratuits, ces actes de bravoure et cette intelligence bienveillante. Tous ces gestes éclatent de mille feux sur toute la surface de la planète, tout autant que les conflits et les obus.

S'installer dans l'ouverture de la question et y rester, car par la question, nous nous relions aux mystères de la Vie, nous nous émerveillons d'être là et nous sommes touchés par la beauté de ce réel qui de part en part nous traverse. N'est-ce pas d'ailleurs ce qui rend possible le questionnement, ce monde qui à chaque instant nous interpelle ? Voilà l'essentiel : cet échange, ce partage avec les autres et avec l'immensité du réel, d'une splendeur commune. Et puis, lentement, ou plus tard viendra le temps des réponses. Mais nous n'érigerons plus ces réponses en barricades. Elles ressembleront plus à des balises pour nous guider sur les plaines infinies de la Vie.

BM

jeudi, janvier 1 2009

Le Grand Feu


    Laissons-nous embraser par le feu dévorant de l’Amour.

Sa chaleur est si douce,

Qu’elle dilate les cœurs et les fait rugir de plaisir !

Ne cherchons plus à nous sécuriser,

Car les rideaux de fer cachent la lumière,

Et la peur nous empêche de respirer le grand espace.

Laissons entrer le vent de la liberté.

Il nous secouera, nous ébranlera,

Mais les fruits mûrs, seuls, resteront accrochés à l’arbre,

Et ils seront si délicieux !

Laissons le soleil nous consumer,

Car la joie ne peut pousser que sur l’humilité.

Et c’est dans les profondes racines du réel

que nous puiserons la force de nous redresser

face à ce monde dégradé et désabusé.

Et c’est dans nos cœurs si fragiles que nous découvrirons

ce désir flamboyant d’être une simple goutte de vie,

Ce désir brûlant d’être une goutte d’immensité.

                                                                                   

                                                                                                        BM

 

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